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Médecine du travail : en 2026, la visite vient à vous

Équipe asma··5 min de lecture
Professionnelle de la petite enfance en téléconsultation depuis son domicile, carnet et téléphone posés devant elle

Une assistante maternelle porte des enfants une centaine de fois par jour. Elle s'accroupit, se relève, monte des escaliers avec un petit sur la hanche, dort mal quand un accueil se passe mal, respire des produits ménagers, encaisse le bruit de trois enfants dans quarante mètres carrés. Et jusqu'en 2025, elle n'avait aucun médecin du travail. Aucun.

Je le dis franchement : c'est une anomalie qui a duré trop longtemps, et elle en dit long sur la façon dont ce métier a été considéré. Le dispositif existe enfin, il monte en puissance cette année, et beaucoup de professionnelles ne savent même pas qu'elles y ont droit.

Ce que la branche a mis en place

Depuis le 1er janvier 2025, les assistantes maternelles et les salariés du particulier employeur relèvent d'un service de prévention et de santé au travail national, créé pour cette branche à la suite de la loi du 2 août 2021 sur la santé au travail. Il ne s'agit pas de la médecine du travail d'une entreprise voisine : c'est un service dédié, pensé pour des salariées qui ont plusieurs employeurs particuliers et pas de lieu de travail commun.

C'était le vrai obstacle, d'ailleurs. Avec trois ou quatre parents employeurs, qui organise la visite, qui la paie, qui la déclenche ? La réponse de la branche a été de mutualiser au niveau national plutôt que de faire porter la démarche à chaque famille.

Ce qui change en 2026

Première période, 2025 : le service existait, mais il fallait le solliciter. Concrètement, la visite arrivait à celles qui savaient qu'elle existait et qui appelaient.

Deuxième période, 2026 : le service entre dans une phase où les visites sont proposées directement aux professionnelles, sans démarche préalable de votre part ni de celle de vos employeurs. Le cadre des téléconsultations a été resserré, et des conventions sont signées avec des services territoriaux pour que le présentiel soit possible ailleurs que dans les grandes villes.

Si vous n'avez jamais eu de visite et que rien ne vous a été proposé, vous pouvez toujours en demander une. C'est votre droit, pas une faveur, et vous n'avez pas à motiver la demande.

Comment se passe la visite

Le format le plus courant est la téléconsultation, avec un professionnel de santé au travail. On parle de votre poste réel : le nombre d'enfants accueillis, l'aménagement de votre logement, le portage, les montées et descentes, le sommeil, la fatigue, les tensions éventuelles avec des employeurs.

Le temps de la visite n'a pas à être rémunéré par vos parents employeurs, et un défraiement est prévu par la branche pour la salariée qui s'y rend. Renseignez-vous sur son montant au moment de la prise de rendez-vous, il diffère selon que la visite est à distance ou en présentiel.

Cette visite n'est pas un contrôle de votre agrément. Le médecin du travail n'a aucun lien avec la PMI, ne lui transmet rien, et ne juge pas votre façon de travailler. Confondre les deux, c'est se priver du seul professionnel de santé qui regarde vos conditions de travail sans rien avoir à autoriser.

Ce que vos employeurs apprennent, et ce qu'ils n'apprennent pas

Vos parents employeurs ne reçoivent pas le contenu de l'échange. Ils ne savent pas ce que vous avez dit, ni ce dont vous souffrez. Le secret médical s'applique ici comme partout ailleurs.

Ce qui peut leur parvenir, c'est une conclusion sur votre suivi et, le cas échéant, des préconisations d'aménagement liées à votre santé. Un aménagement préconisé par le médecin du travail n'est pas une demande de confort : c'est une recommandation professionnelle que l'employeur doit prendre au sérieux.

Les risques que ce métier ne nomme jamais

Ce que j'observe, c'est que la question posée est presque toujours administrative, jamais physique. On demande combien d'heures, combien d'enfants, quel taux. On ne demande jamais comment va le dos à quarante-cinq ans, après quinze ans de portage.

Les sujets qui ont leur place dans cette visite :

  • les troubles musculo-squelettiques, dos, épaules, genoux, poignets
  • l'exposition sonore d'un accueil à trois ou quatre enfants
  • les produits d'entretien et le nettoyage répété des surfaces
  • l'isolement professionnel et la charge mentale d'un métier exercé seule à domicile
  • les difficultés relationnelles avec un employeur, qui pèsent sur la santé plus qu'on ne le dit
  • la reprise après un arrêt long, où le médecin du travail a un vrai rôle

Côté parent employeur

Vous n'avez rien à organiser et rien à avancer. Ce qu'on vous demande, c'est de ne pas faire obstacle : accepter un aménagement d'horaire ponctuel si la visite tombe mal, et ne pas interpréter une préconisation médicale comme une critique de votre famille.

Une professionnelle suivie médicalement est une professionnelle qui s'arrête moins longtemps et qui exerce plus longtemps. Dans un métier où plus de la moitié des effectifs partira à la retraite dans les années qui viennent, ce n'est pas un détail.

Ce que je ferais à votre place

  1. Vérifiez si une visite vous a été proposée, y compris dans les courriers que vous n'avez pas ouverts.
  2. Si rien n'est venu, demandez-la, sans attendre d'avoir mal quelque part.
  3. Préparez trois phrases sur vos conditions réelles de travail : nombre d'enfants, portage, bruit, sommeil.
  4. Demandez le montant du défraiement au moment de la prise de rendez-vous.
  5. Si une préconisation d'aménagement est faite, transmettez-la à vos employeurs par écrit, calmement, comme une information professionnelle.

asma vous aide à suivre vos heures d'accueil réelles, employeur par employeur. C'est exactement le genre de chiffre qu'on n'arrive jamais à donner de tête pendant une visite médicale.

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