Bonnes Pratiques

Demander sa revalorisation sans abîmer la relation

Équipe asma··6 min de lecture
Assistante maternelle rédigeant un message à ses parents employeurs, tasse de café et carnet à côté de son téléphone

Le message est écrit dans les brouillons depuis trois semaines. Il commence par « bonjour, je me permets de », il est relu dix fois, et il n'est jamais envoyé. Parce qu'on garde leur enfant, parce qu'on aime ce qu'on fait, parce qu'on a peur que parler d'argent casse quelque chose.

Je vais dire une chose qui devrait aider : dans la plupart des cas, vous n'avez rien à demander. Vous avez à informer. La différence n'est pas cosmétique, elle change la façon d'écrire le message et elle change la conversation.

Deux situations très différentes, que presque tout le monde confond

C'est le point de départ, et le sauter fait rater la moitié des conversations.

Situation 1 : votre taux est en dessous du minimum

Depuis le 1er juin 2026, le minimum conventionnel est de 4,20 € brut par heure et par enfant, ou 4,37 € si vous êtes titulaire du titre professionnel de la branche. Il découle de l'accord de branche du 5 février 2026, étendu par arrêté publié au Journal officiel le 8 mai 2026.

Un minimum ne se demande pas et ne se négocie pas. Il s'applique. Si votre contrat prévoit 3,64 € brut, il est en dessous du plancher depuis le mois de juin, et les sommes correspondantes vous sont dues, avenant signé ou pas. Le rôle de votre message n'est donc pas de solliciter une faveur, mais de signaler à votre employeur qu'il est en défaut sans le savoir. La plupart le sont de bonne foi : personne ne surveille le Journal officiel.

Situation 2 : votre taux est déjà au-dessus

Si vous êtes à 4,50 € net de l'heure, la revalorisation du minimum ne vous donne aucun droit automatique à une hausse. Je sais que ce n'est pas ce qu'on lit partout, mais c'est la règle : un plancher qui monte n'entraîne pas mécaniquement les taux qui étaient déjà au-dessus.

Ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien à discuter. Ça veut dire que vous entrez dans une négociation, avec des arguments à construire : votre ancienneté, l'évolution du coût de la vie, votre titre professionnel, votre amplitude horaire, le fait que le plancher se soit rapproché de votre taux au point de réduire l'écart qui reconnaissait votre expérience. Ce dernier argument est le meilleur, et il est rarement utilisé.

Ce que vous pouvez réclamer, et jusqu'à quand

Pour un accueil de 40 heures par semaine en année complète, le passage de 3,64 € à 4,20 € brut représente environ 97 € brut de plus par mois, soit environ 76 € net. Sur trois mois de retard, cela fait déjà plus de deux cents euros.

Les salaires se réclament pendant trois ans à compter de la date à laquelle ils étaient dus. Vous avez donc du temps, mais je vous conseille de ne pas l'utiliser : plus le rappel porte sur de nombreux mois, plus la somme devient difficile à absorber pour la famille, et plus la conversation devient tendue.

Comment l'écrire

Court, daté, factuel, sans excuse. Les formules du type « je suis vraiment désolée de vous embêter avec ça » affaiblissent un message qui porte sur une obligation légale.

Bonjour, je vous informe que le salaire minimum des assistants maternels est passé à 4,20 € brut de l'heure et par enfant au 1er juin 2026, en application de l'accord de branche étendu en mai. Notre contrat prévoit actuellement un taux inférieur. Je vous propose que nous signions un avenant sur cette base, avec la régularisation des mois de juin à ce jour. Je reste disponible pour en parler de vive voix, et je vous transmets le détail du calcul si vous le souhaitez.

Trois éléments à joindre, et ils font toute la différence : la référence du nouveau minimum, le nouveau salaire mensualisé calculé, et le montant du rappel mois par mois. Un employeur à qui on demande de « faire le calcul » reporte. Un employeur à qui on donne le calcul signe.

Recalculer la mensualisation, pas seulement le taux

C'est l'erreur technique la plus fréquente. Changer le taux horaire sans recalculer le salaire mensualisé revient à ne rien changer : le montant versé chaque mois découle du taux, des heures hebdomadaires et du nombre de semaines d'accueil, divisés par douze.

Profitez de l'avenant pour vérifier deux autres lignes que la revalorisation de juin a également modifiées :

  • l'indemnité d'entretien, qui suit le minimum garanti et s'établit à 3,92 € pour 9 heures d'accueil, avec un plancher de 2,65 € par jour d'accueil
  • vos éventuelles majorations, heures au-delà de la 45e heure hebdomadaire, jours fériés travaillés

Si l'employeur refuse

Dans la situation 1, un refus ne fait pas disparaître la dette : les sommes restent dues et se réclament devant le conseil de prud'hommes, procédure gratuite. Dans les faits, l'immense majorité des refus vient d'une inquiétude budgétaire, pas d'une mauvaise foi.

C'est là que vous avez un argument qui n'est pas le vôtre mais qui aide beaucoup : le CMG a été réformé en septembre 2025 et suit désormais les heures réellement effectuées. Pour une famille aux revenus modestes, la hausse du salaire est largement absorbée par l'aide. J'ai détaillé le calcul complet ici : ce que la revalorisation coûte réellement à un parent. Envoyer ce calcul désamorce beaucoup de conversations.

Ce que je ferais à votre place

  1. Vérifiez d'abord si vous êtes en situation 1 ou en situation 2, tout en découle.
  2. Calculez le nouveau salaire mensualisé et le rappel dû, contrat par contrat et enfant par enfant.
  3. Écrivez un message court, daté, sans excuses, avec le calcul joint.
  4. Proposez un avenant plutôt qu'un simple accord oral, y compris avec des employeurs de confiance.
  5. Si le budget familial coince, proposez un échelonnement du rappel plutôt que d'y renoncer.

asma calcule le mensualisé au taux en vigueur, produit l'avenant et chiffre le rappel de salaire mois par mois. Vous n'avez plus qu'à envoyer un document que votre employeur n'a qu'à lire, ce qui est exactement ce qui débloque ces conversations.

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